Lundi 13 juillet 2009
J'ai revu il y a peu "le Dictateur" de Charlie Chaplin et j'ai été frappée par la modernité du discours final où le barbier pris pour le dictateur lance un vibrant appel à la fraternité.
Chaplin est resté longtemps opposé au parlant. Il considérait que quand Charlot parlerait, il signerait son arrêt de mort car il perdrait son côté universel... Ce discours est donc le seul, le premier et le dernier de Charlot, dont le barbier est le dernier avatar.



Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n'est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié.
L'envie a empoisonné l'esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l'abondance nous laissent dans l'insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à force d'intelligence, nous pensons beaucoup trop et nous ne ressentons pas assez. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d'humanité. Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités humaines, la vie n'est plus que violence et tout est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l'être humain, que dans la fraternité, l'amitié et l'unité de tous les hommes.
En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d'hommes, de femmes, d'enfants désespérés, victimes d'un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents.

Je dis à tous ceux qui m'entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n'est que le produit éphémère de l'habilité, de l'amertume de ceux qui ont peur des progrès qu'accomplit l'Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu'ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que des hommes mourront pour elle, la liberté ne pourra pas périr.
Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, à une minorité qui vous méprise et qui fait de vous des esclaves, enrégimente toute votre vie et qui vous dit tout ce qu'il faut faire et ce qu'il faut penser, qui vous dirige, vous manœuvre, se sert de vous comme chair à canons et qui vous traite comme du bétail.
Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec une machine à la place de la tête et une machine dans le cœur.
Vous n'êtes pas des machines !
Vous n'êtes pas des esclaves !
Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l'amour du monde dans le cœur.
Vous n'avez pas de haine, sinon pour ce qui est inhumain, ce qui n'est pas fait d'amour.
Soldats ne vous battez pas pour l'esclavage mais pour la liberté.
Il est écrit dans l'Evangile selon Saint Luc "Le Royaume de Dieu est dans l'être humain", pas dans un seul humain ni dans un groupe humain, mais dans tous les humains, mais en vous, en vous le peuple qui avez le pouvoir : le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. Vous, le peuple, vous avez le pouvoir : le pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure.

Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir. Il faut tous nous unir, il faut tous nous battre pour un monde nouveau, un monde humain qui donnera à chacun l'occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité.
Ces brutes vous ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir : ils mentaient. Ils n'ont pas tenu leurs merveilleuses promesses : jamais ils ne le feront. Les dictateurs s'affranchissent en prenant le pouvoir mais ils font un esclave du peuple.
Alors, il faut nous battre pour accomplir toutes leurs promesses. Il faut nous battre pour libérer le monde, pour renverser les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l'avidité, avec la haine et l'intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous tous !

Hannah, est-ce que tu m'entends ? Où que tu sois, lève les yeux ! Lève les yeux, Hannah ! Les nuages se dissipent ! Le soleil perce ! Nous émergeons des ténèbres pour trouver la lumière ! Nous pénétrons dans un monde nouveau, un monde meilleur, où les hommes domineront leur cupidité, leur haine et leur brutalité. Lève les yeux, Hannah ! L'âme de l'homme a reçu des ailes et enfin elle commence à voler. Elle vole vers l'arc-en-ciel, vers la lumière de l'espoir. Lève les yeux, Hannah ! Lève les yeux !


J'ai lu certaines critiques évoquant la mièvrerie de ce discours... Je ne pense pas que faire appel au coeur des hommes soit mièvre. Je regrette plutôt qu'on ne le fasse pas plus souvent.
Avez-vous remarqué que les politiques ne parlent jamais d'amour ? Pourtant s'il y a un sentiment noble qui permette à l'homme de rendre le monde meilleur, c'est bien celui-là.

J'ai suivi un stage il y a quelques mois avec Michel Odent et il soulignait le peu d'études scientifiques menées sur les effets de l'ocytocine sur le comportement. L'ocytocine est l'hormone de l'amour, elle entre en oeuvre pendant l'accouchement mais également développe l'attachement, la confiance, la sociabilité et la baisse de l'agressivité. Il est intéressant de remarquer qu'on connait bien mieux les effets des hormones comme l'adrénalite (sécrétée en cas de danger) ou la testostérone (provoquant le désir mais aussi l'agressivité) que ceux de l'hormone de l'attachement...
L'amour est-il un sentiment trop mièvre pour intéresser les scientifiques ?
Chaplin avait donc raison de nous dire que n
ous étions inhumains à force d'intelligence et que nous pensions beaucoup trop et nous ne ressentions pas assez. Pourtant comme il l'avait également compris, la science peut aussi nous montrer la puissance de l'amour.
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Samedi 6 juin 2009



Comme vous pouvez le remarquer, j'ai repris le passage du Petit prince que j'avais déjà évoqué précédemment.
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Mercredi 13 mai 2009

Mercredi 22 avril 2009… Cela fait exactement un an que nous avons dit adieu à Yuki, notre chien. Il me manque d'autant plus que depuis une semaine je suis entrée dans mon neuvième mois de grossesse. Il avait été mon seul compagnon pendant la moitié du travail ayant précédé la naissance de Sacha et j'aurais aimé qu'il soit là pour la naissance de ce second petit bout.


Je pense de plus en plus à l'accouchement. Pour la première fois depuis sa naissance, Sacha n'a pas dormi à mes côtés. Il a passé la nuit chez mes parents en prévision de l'accouchement. Je ne pense pas que la naissance de son frère soit imminente, il reste plus de trois semaines avant la date de terme et j'ai encore plein de choses à faire avant. Dans deux jours, Françoise, notre sage-femme doit venir visiter la maison en prévision de la naissance et dimanche, j'ai prévu de recevoir quelques amies avec Valérie, ma doula, pour un blessingway, une célébration de fin de grossesse… Nous n'avons pas encore acheté les alèses prévues pour l'accouchement ni les couches pour le bébé. Nous n'avons même pas remonté le carton de vêtements nouveau-né de la cave.


Vers 16h, mon chéri et moi devons à aller chercher Sacha à la crèche. Je traîne un peu pour finir de ranger le dressing. J'achève de me préparer quand je sens un très léger flux dans ma culotte. Ce ne sont que quelques gouttes. Je peste intérieurement, mon corps n'est-il donc plus capable de se retenir ! Je n'imagine pas que ça puisse être le signe d'autre chose… Plus la soirée avance, plus je pense à une rupture de la poche des eaux, mais je n'arrive pas encore à y croire. Cela me semble tellement tôt. Les fuites se poursuivant, je demande à mon mari d'aller m'acheter des serviettes hygiéniques mais toujours pas de couches nouveau-né.


Peu avant minuit, alors que je suis sur l'ordinateur et que David s'est endormi avec Sacha, je sens un écoulement un peu plus important. Je suis allée aux toilettes quelques minutes plus tôt, je commence donc sérieusement à envisager qu'il s'agisse d'une fissure de la poche des eaux. Après quelques minutes d'hésitation, j'appelle Françoise malgré l'heure tardive. Elle confirme ce que je redoutais. Il s'agit a priori bien d'un écoulement de liquide amniotique. Elle prévoit de passer le lendemain à la première heure pour faire un prélèvement vaginal. Si on y détecte un streptocoque B ou une autre bactérie susceptible de s'attaquer au bébé, il faudra soit que le travail commence très vite, soit partir à la maternité pour un déclenchement et prendre des antibiotiques. Sinon, on pourra attendre la naissance pendant trois jours encore… Déclenchement. Départ en maternité… Je sens des bouffées d'angoisse déferler en moi. Il est trop tôt. Rien n'est prêt pour l'arrivée de ce petit. Au delà des détails techniques, je ne me sens pas encore prête à l'accueillir. J'ai peur d'empêcher le travail de se lancer et qu'il nous faille renoncer à notre projet de donner naissance à ce bébé chez nous. Je veux lui offrir une naissance douce et sereine dans l'ambiance feutrée de notre maison et non la violence d'un déclenchement. Je sais qu'il faut que je me détende. Je suis assez informée sur les mécanismes de l'accouchement pour savoir que le stress inhibe la production d'ocytocine et que sans ocytocine le travail ne peut se faire. Je réveille David pour lui dire ce qui se passe et surtout parce que j'ai besoin qu'il me serre dans ses bras. Puis à minuit et demi, j'appelle Valérie. Il est très tard mais je suis trop angoissée, il faut que je « décharge » toutes ces angoisses. Cela me fait du bien de poser toutes mes peurs. Elle me rassure. De son côté, mon chéri me fait couler un bain. Je me baigne à la lueur des bougies en faisant infuser des huiles relaxantes puis je vais me coucher.


Dans le lit, je m'efforce de positiver. Je n'avais pas d'infection lors de la naissance de Sacha donc il est probable que je n'ai toujours rien. Je regarde mon petit garçon endormi à mes côtés. Bientôt, il sera grand frère. Quand je l'attendais aussi j'avais beaucoup d'appréhensions et finalement tout s'était déroulé parfaitement bien. Je caresse longuement mon ventre. Je dis au bébé que je l'aime et qu'on va vivre tous les deux un beau moment. Je lui dis qu'il est temps que l'on se rencontre tous les deux. Je prie aussi un peu. Sur ces pensées, je finis par m'endormir. Deux heures plus tard, je suis réveillée par une douleur dans le bas-ventre. Le travail commence, me dis-je avec soulagement. Je reste longtemps allongée à côté de mes hommes. Je sens des petites douleurs à intervalle régulier. C'est un peu différent des contractions que j'avais senties pour la naissance de Sacha mais je sens que mon corps travaille pour faire sortir le bébé. D'ailleurs il est descendu dans mon bassin. Avec ces douleurs et mon excitation, je ne peux me rendormir. Je finis par aller regarder les épisodes du « Docteur House » enregistrés la veille jusqu'au petit matin… Ce n'est probablement pas ce qu'il y a de mieux au moment d'un accouchement néanmoins c'est toujours mieux que le téléfilm sur Jack l'Eventreur sur lequel j'étais tombée pendant l'accouchement de Sacha.


Vers 7 heures et demie, je rappelle Françoise qui est sur le point de venir chez nous. Elle arrive vers les 9 heures. Elle fait le prélèvement et écoute le cœur du bébé. A ma demande, elle m'examine, le col est souple mais encore bien fermé. Cela ne m'étonne guère mais j'ai bon espoir que ça évolue vite. De son côté, mon mari habille Sacha pour la crèche et va déposer le prélèvement en chemin. Françoise part à son cabinet, restant disponible pour revenir d'un moment à l'autre. Quand tout le monde est parti, je retourne dans la chambre. Je fais une séance de sophrologie pour me relaxer et je finis par m'endormir une bonne heure.


A mon réveil, David est revenu avec tout le « matériel » pour l'accouchement et j'ai un message de Françoise sur mon répondeur. Elle a déjà les résultats du laboratoire, tout va bien, nous pouvons donc nous permettre d'attendre. Je me sens bien mieux. Je rappelle Valérie beaucoup plus optimiste. Même si le travail est encore anarchique, j'espère que mon bébé nous rejoindra dans la journée. Après tout, la naissance de Sacha avait été très rapide et en général, le deuxième arrive encore plus vite. David appelle son boulot pour annoncer qu'il ne viendra pas.


La journée s'écoule, je sens des contractions par intermittence et je sais qu'elles sont trop légères pour qu'on soit dans le travail « actif ». Je discute au téléphone avec mon amie Jennifer. Je surfe sur internet. J'annonce aux filles du forum « Bébé nature » que l'accouchement est commencé. Cela me fait du bien de savoir que toutes ces femmes pensent à moi. J'avais souhaité un accouchement express pour pouvoir retrouver mon grand le soir même or dès 14h, il est clair que le travail est trop irrégulier. Il nous faut donc demander à mes parents d'aller le chercher. Cela tombe mal car mon père est à l'hôpital pour des examens. Ma mère réussit à se libérer. Le matin, nous n'avions pas pensé à déposer à la crèche des affaires pour que Sacha passe la nuit ailleurs. Nous allons donc les déposer chez mes parents en évitant que notre petit bientôt grand frère ne nous aperçoive. De la voiture, je le vois de loin, marchant aux côtés de sa grand-mère. Il est si grand et si petit à la fois… J’espère qu’il ne souffrira pas de l’arrivée de son petit frère. Je voudrais le serrer dans mes bras. Je m’en veux un peu de ne pas penser plus au petit qui va arriver. Sans doute, culpabiliserais-je encore davantage si je ne pensais pas à Sacha.


Puis nous faisons une promenade en amoureux au Bois de Boulogne. Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas retrouvés ainsi tous les deux. Si le temps ne nous était pas compté, je goûterais pleinement à ces moments d’intimité d’autant que physiquement, je me sens beaucoup mieux que ces derniers mois. Alors que j’ai passé presque toute ma grossesse à me traîner et à lutter contre la fatigue, j’ai comme un regain d’énergie. Le bébé étant descendu dans mon bassin, je ne ressens plus cette gêne au niveau de l’estomac qui m’empêchait de manger depuis des mois. Je me dis que c’est le signe que la naissance approche même si je n’ai plus de contraction pour le moment.


Françoise repasse en fin de soirée, elle écoute à nouveau le cœur du bébé puis repart chez elle, se tenant prête à revenir si ça s’accélère dans la nuit. Avec David, nous faisons un dernier tour dans la rue avant de nous coucher.

Je ne dors pas longtemps. Vers 2h du matin, je suis réveillée par des contractions. Elles sont plus fortes que la veille et je les sens monter progressivement comme des vagues. Je reste un moment au lit puis je me fais couler un bain. Finalement, j'aurais peut-être dû investir dans une piscine d'accouchement car l'eau soulage la douleur des contractions mais ma baignoire est trop petite pour que j'adopte une position agréable que je les sens monter. Je passe le reste de la nuit dans le salon. A moitié endormie, je n'ai guère envie de lire ou de regarder la télé. Je reste donc allongée sur le canapé à écouter de la musique. Pendant les contractions, je m'accroupis sur le ballon. Le rythme des contractions reste encore espacé, tout d'abord tous les quarts d'heure puis toutes les dix minutes.


Vers 7h30, j'appelle Françoise pour lui dire que ça a vraiment démarré mais que c'est encore assez espacé. Une heure et demie plus tard, cela n'a guère évolué. Je me demande si la présence de mon mari ou la lumière du jour ne ralentissent pas le travail. Françoise appelle pour nous dire qu'elle est sur le point d'arriver. Je sens bien que c'est trop tôt mais en même temps, je ne peux guère présager de la suite, tout pourrait s'accélérer très vite. Néanmoins, je sais que j'ai besoin d'être seule. Après une écoute du cœur du bébé, je vais m'isoler dans ma chambre. Allongée sur le côté, une jambe surélevée sur le coussin d'allaitement, la matinée s'écoule. Je somnole sur le lit, une contraction me réveillant toutes les dix minutes. Malgré mes inquiétudes, j'apprécie ces derniers moments de fusion avec mon bébé. C'est lui qui me prévient de l'arrivée des contractions car il gigote quelques secondes avant. Je lui parle de notre future rencontre, je lui dis que je lui fais confiance, que je sais qu'il est fort et solide. L'intensité des contractions s'accélère mais leur rythme reste constant. Pendant ce temps-là, David après avoir réglé l'horloge du monitoring de Françoise et regardé un documentaire à la télé prépare le déjeuner. Françoise de son côté se fait le plus discrète possible, elle vient juste régulièrement vérifier que le bébé supporte bien les contractions. Cela m'ennuie de la bloquer chez nous alors que ça avance si lentement. Je voudrais que ça aille plus vite, d'autant qu'avec la fissure de la poche des eaux, le spectre du déclenchement n'est toujours pas écarté.


Nous déjeunons tous les trois. Etrange comme un acte aussi banal qu'un repas partagé peut être porteur d'intimité… peut-être cela tient-il précisément à sa banalité mais pour moi, à ce moment-là, Françoise est vraiment entrée dans notre vie. C'est aussi ça le charme d'un accouchement à la maison, l'ordinaire qui se mêle à l'extraordinaire, le merveilleux au quotidien.


Après le repas, je retourne un peu dans la chambre et là, le travail stagne à nouveau. Pour le relancer, David et moi sortons faire un tour. Il fait très beau dehors. Les contractions recommencent à être violentes, bien localisées dans les reins.


A notre retour, Françoise sort se promener à son tour. Peut-être pour profiter du beau temps, peut-être aussi se dit-elle qu'en nous laissant seuls le travail avancera plus vite. Je ressens une réelle lassitude. Je ne comprends pas pourquoi c'est si long alors que cela avait été si rapide pour Sacha. A force d'entendre que le second accouchement est bien plus rapide que le premier, j'avais fini par y croire. Je téléphone à Valérie pour poser verbalement toutes les angoisses qui pourraient encore me bloquer, puis elle me conseille d'occuper mon esprit à une activité manuelle pour arriver à lâcher prise. Je lave rapidement la vaisselle du midi puis je commence à préparer une sauce tomate. Entre temps, Françoise est revenue. Nous discutons dans la cuisine. Je verbalise mes appréhensions. J'avoue aussi que j'ai peur de me laisser aller devant elle. Une partie de moi voudrait conserver jusqu'au bout son verni de femme civilisée. Je sais que pour que l'accouchement se passe bien, il faudrait justement que je mette mon néocortex en sommeil mais c'est un savoir intellectuel qui précisément vient de mon néocortex. Cependant, je ne saurais dire si c'est la sauce tomate ou la verbalisation de mes peurs, toujours est-il que le travail s'accélère à nouveau. Les contractions me broient les reins, j'essaie de m'accroupir mais le sol de la cuisine est trop dur. Pendant quelques minutes, je me suspends aux bras de mon mari à chaque contraction, et entre, j'épluche mes tomates et mes oignons, je coupe les gousses d'ail, je remue la sauce... Pendant ce temps, Laetitia, ma belle-sœur qui loge chez nous en intermittence, rentre d'un séjour au Luxembourg. J'avais peur qu'elle arrive juste au moment où je pousserais à quatre pattes au milieu du salon, heureusement nous n'en sommes pas là. Elle va aussitôt s'enfermer dans sa chambre pour ne pas nous déranger.


La sauce n'a pas complètement achevé de mijoter quand je retourne dans le salon. Les contractions sont si violentes que je ne tiens plus sur mes jambes. Je dois m'agenouiller pour que ce soit supportable. David va chercher un petit matelas à mettre au pied du fauteuil sur lequel je m'appuie. Ça pousse à l'intérieur de moi. J'ai mal. Je vocalise pour accompagner les contractions. Entre les contractions, David essaie de faire la conversation. Cela m'exaspère. J'ai comme des envies de lui taper dessus. Je n'aime pas être ainsi. Je voudrais qu'il s'en aille. Je voudrais m'appuyer sur le dossier du canapé mais je ne veux pas qu'il voit mon vagin s'ouvrir à la sortie du bébé. Je l'envoie dans la cuisine surveiller la sauce. Je suis si fatiguée. Il est plus de cinq heures de l'après-midi. Cela fait deux jours que je n'ai quasiment pas dormi. Pourquoi est-ce si long ? Pourquoi mon bébé n'est-il pas encore là ? Je me sens comme un animal blessé. Je voudrais rester digne mais la douleur et la lassitude ont raison de ma réserve. Je sanglote quelques minutes. Je voudrais que cela soit fini. Une petite partie de moi continue toutefois à résister à cette animalité qui m'envahit et me souffle que j'arrive à la phase de désespérance et que la naissance est imminente. A un moment, je rentre ma main dans mon vagin en espérant sentir mon bébé. Je sens bien sa tête sous mes doigts mais la texture est si étrange que je me demande s'il se présente normalement. En fait, ses cheveux sont collés par le vernix et le liquide amniotique ce qui donne cette texture bizarre seulement je ne le sais pas. Il n'est pas loin mais il descend vraiment lentement.


Françoise me propose d'aller prendre une douche pour calmer la douleur. Accroupie sur un marchepied, je fais couler abondamment de l'eau chaude sur mes reins. Je voudrais que l'eau soit encore plus chaude. Je regrette de ne pouvoir m'y immerger complètement car le reste de mon corps a froid. Dès que j'entrouvre la porte de la douche, un courant d'air me fait grelotter. Je ne peux rester ainsi. Je ressors tremblante de fatigue et de froid.


Françoise évoque alors un départ à la maternité pour une péridurale. Elle doit sans doute s'inquiéter de mon épuisement physique. Mais je ne veux pas envisager un transfert et encore moins une anesthésie même si je sais que l'instant de la mise au monde sera encore plus douloureux que ce que je ressens… Je n'ai pas oublié cette brûlure incandescente qui avait précédé la naissance de Sacha… C'est pour bientôt, je veux y croire. Je me dis cela depuis des heures mais qu'importe. J'ai bien senti la tête de mon bébé tout à l'heure. Il n'est plus très loin. Et cette fois, je ne me trompe pas.


Je rejoins la chambre puis ma conscience s'obscurcit. Seules quelques brides de souvenirs me reviennent. A genoux sur mon futon, appuyée sur un tas de coussins, j'ai mis au monde mon enfant. Je me souviens d'une douleur cuisante me broyant les reins et le bassin. Je me souviens avoir crié et même proféré quelques grossièretés. Je me souviens avoir mordu et griffé David jusqu'au sang (même si par la suite j'ai été impressionnée des marques que j'avais laissées sur son bras). J'ai vaguement perçu des encouragements de Françoise. Mais tout est environné d'un épais brouillard. Malgré mes résistances, j'étais redevenue une femelle mammifère mettant au monde son petit. J'ai senti sa tête qui bombait sur le périnée, tendant la peau à son maximum. La douleur était épouvantable. Il fallait que ça s'achève. Il me semble avoir senti les doigts de Françoise écarter délicatement mon périnée, sans doute pour éviter une déchirure alors que je touchais à nouveau la tête de mon bébé. J'ai vu la masse de cheveux bruns couverts de vernix sortir de moi. Alors que sa petite tête était sortie, Françoise a vu que mon petit avait deux tours de cordon autour de son cou. C’était certainement pour cela qu’il avait mis autant de temps à descendre. Très doucement, Françoise les a passés par dessus sa tête puis dans une nouvelle poussée, mon fils est sorti de moi et me redressant sur mes genoux, je l’ai accueilli dans mes bras… Il était si petit. Il semblait si fragile. Je l'ai serré contre moi en goûtant pleinement le bonheur d'être la première personne à le toucher. Le vernix formait comme une pâte blanchâtre sur tout son corps, cela me collait aux doigts, mais cela n'avait pas d'importance. Je n'avais plus mal. J'avais mon bébé… Mon Alexi… Il était là si petit avec ses yeux immenses qui m'hypnotisaient. Il paraissait si fragile, je sentais monter en moi un violent instinct de protection… Son cordon avait dû lui faire mal car il gémissait légèrement. Heureusement, blotti dans mes bras, il s’est apaisé lentement… Plus tard, j’ai réalisé que si cette naissance n’avait pas été parfaitement physiologique, cela aurait pu très mal se dérouler et s’achever par un forceps ou une césarienne. D'autant que là, mon corps était intact et les suites de couche s'avèreront presque confortables à côté des gênes qui avaient émaillé ma grossesse.


Je n’avais plus la notion du temps cependant je crois que le placenta a mis moins d’un quart d’heure à sortir à son tour. A ce moment-là, mon chéri qui avait bien vécu le déroulement de l’accouchement a eu un haut-le-cœur et en a profité pour aller chercher Laetitia dans la chambre d’à côté. Durant son absence, Françoise m’a détaillé le placenta. Alors que j’avais trouvé les photos de cet organe assez peu ragoûtantes, le voir en vrai ne m'a pas semblé écœurant du tout. Devant le peu d’enthousiasme de David, Françoise a coupé elle-même le cordon bien longtemps après qu’il ait cessé de battre.


Laetitia nous a rejoints quelques minutes plus tard. Les yeux grands ouverts, Alexi regardait partout autour de lui. Puis très tranquillement, il a pris sa première tétée. Deux heures plus tard, son grand frère nous a rejoint et notre vie a repris son cours, bouleversée à jamais de façon positive et en même temps dans une continuité sécurisante.


Alexi est né le vendredi 24 avril 2009 à 18h40. Sa naissance a été plus éprouvante physiquement que celle de Sacha tant pour moi que pour lui cependant, il a été accueilli dans une telle douceur dans la pénombre de notre chambre et la chaleur de mes bras que j'aime à croire que cela a effacé les difficultés qu'il a éprouvées. La sérénité qu'il affiche ne semble pas me contredire. Quand je le regarde si calme, paraissant si confiant, je suis fière de ce que nous avons réussi tous les deux... et je remercie tous ceux qui nous ont soutenus dans cette aventure, mon chéri tout d'abord, ma sage-femme sans laquelle cela aurait pu si mal se passer, ma doula pour son soutien téléphonique ainsi que mes amies et les filles du forum qui ont pensé à moi durant ces deux jours.

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Jeudi 7 mai 2009
Un rapide post pour vous annoncer la naissance de notre deuxième garçon. Alexi est venu au monde le 24 avril à 18h40 dans le lit de ses parents...
Le récit de sa naissance devrait venir bientôt.

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Lundi 1 décembre 2008

Je voudrais parler ici de ce syndrôme qui frapperait impitoyablement les femmes enceintes et les jeunes mères : le syndrôme du neurone unique plus simplement appelé SNU. Il paraîtrait qu'au moment de la conception d'un enfant, il s'effectue alors un curieux transfert : alors que les connexions neuronales se développent dans le cerveau du foetus, les neurones de sa mère se volatilisent les uns après les autres jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un... un malheureux petit neurone bien inutile sans ses congénères.

J'avoue que cette idée me laisse songeuse. Peut-être les premiers mois de ma grossesse ont-ils déjà eu raison de mes pauvres neurones au point de me faire perdre toute lucidité mais même durant ma grossesse précédente, je n'ai pas eu l'impression que cet état physiologique avait de si terribles conséquences sur mon intellect. Bien sûr, mon esprit était focalisé sur cette vie en gestation, et après ? Il n'y a rien de plus miraculeux que la naissance d'un enfant et il est bien naturel quand on porte ce miracle de n'avoir guère l'esprit de s'attarder sur des choses aussi dérisoires que les guerres de succession au Parti Socialiste.

Quand j'attendais mon fils et les premiers mois après sa naissance, mes neurones fonctionnaient assez bien pour me permettre de lire et d'assimiler des études scientifiques des plus ardues sur la naissance et les besoins du nouveau-né et cette idée de neurone unique me gêne beaucoup car elle sous-entend que la maternité rendrait les femmes stupides... Donc si une femme tient à son intellect, elle a tout intérêt à faire l'impasse sur la maternité.

Après on ne peut nier que les femmes enceintes et les jeunes mères ont parfois des moments d'absence et peuvent se montrer plus distraites que de coutume... Cela dit, elles n'oublient jamais ce qui a trait à leur enfant car effectivement leur esprit est concentré sur cette nouvelle vie. Plutôt qu'une perte de neurone ne peut-on pas y voir que du bon sens : en cette période, l'enfant occupe tout leur esprit... Vu l'extrême vulnérabilité d'un nouveau-né, si ce n'était pas le cas, l'humanité se serait peut-être éteinte depuis bien longtemps.

Enfin dans cette idée de SNU, on oublie une donnée essentielle : l'extrême fatigue qui marque une partie de la grossesse et les premiers mois avec l'enfant. Je défie quiconque de supporter des nuits entrecoupées de pleurs et souvent écourtées et d'être au maximum de ses capacités intellectuelles... Je trouve au contraire que les cerveaux des mères font preuve d'une résistance étonnante à la fatigue physique et émotionnelle que constituent les premiers mois d'un enfant. Il fait intelligemment le tri entre les données superficielles et les choses essentielles... N'est-ce pas une preuve que les connexions neuronales fonctionnent plutôt bien ?

Par Yaël - Publié dans : Maternité
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Jeudi 13 novembre 2008

Après une longue absence, je voudrais m'attarder sur une expression connue qui est fréquemment usitée quand on aborde les relations mère/enfant : "Couper le cordon." Elle est en général utilisée pour souligner la nécessité de mettre fin à une relation trop fusionnelle entre une mère et son enfant...
Nos spécialistes en psychologie de l'enfant confiant en général ce rôle au père, c'est pour cela qu'en salle d'accouchement il se retrouve à couper le cordon ombilical après la naissance de l'enfant.

Pourtant quand on examine les choses d'un aspect purement biologique, on réalise que ce fameux cordon ombilical ne relie pas l'enfant à sa mère mais à son placenta. Pendant la grossesse, cet organe -
qui est considéré comme sacré dans bon nombre de cultures - a pour fonction d'apporter au foetus les nutriments et le dioxygène nécessaires à son développement, d'évacuer certains déchets comme le dioxyde de carbone mais également de protéger le foetus des éléments toxiques et pathogènes venant de l'organisme de la mère (on peut noter que malheureusement il ne filtre pas tout).
Pour simplifier les choses, on peut dire que le placenta protège le bébé des éléments négatifs qui pourraient venir de sa mère... et en continuant dans cette lancée, on peut ajouter qu'en coupant le cordon, on ne sépare pas l'enfant de sa mère mais on sépare l'enfant de l'organe qui l'a protégé de sa mère pendant neuf mois...
Ainsi cette expression "couper le cordon" ne renvoie pas à une réalité biologique.

En outre, dans certaines régions de l'Inde, il existe une coutume qui consiste à ne pas couper le cordon après la naissance et donc à conserver le placenta jusqu'à ce que le cordon se détache naturellement de l'enfant. On appelle cela les "bébés lotus", le lotus étant un symbole du placenta.
J'avoue que je trouve cette idée assez peu ragoutante cependant il est intéressant de constater que dans ces cas-là, le cordon se détache plus tôt que s'il avait été clampé... Je me demande si cela n'est pas le signe qu'une séparation est plus facile quand elle se fait en douceur plutôt que par une coupure nette et brutale. Pour reprendre l'expression initiale, le cordon tombe plus vite quand on ne le coupe pas mais qu'on lui en laisse le temps de devenir totalement inutile.

Peut-être faut-il y voir une leçon sur notre façon d'envisager nos relations avec nos enfants et nous dire qu'ils se sépareront de nous plus facilement si on leur en laisse le temps plutôt que si on se force à des séparations brutales et prématurées...

Par Yaël - Publié dans : Maternité
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Jeudi 13 novembre 2008
Cela fait un bon moment que je n'ai rien publié sur ce blog... Mais j'ai une bonne excuse à cela : j'attends un heureux événement pour le printemps... J'espère que les nausées et la fatigue se dissipant enfin, je pourrai tenir plus régulièrement ce blog.
Par Yaël - Publié dans : Maternité
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Samedi 27 septembre 2008
Je me rends compte que je n'ai pas encore parlé de ce texte qui pour moi est le plus juste et le plus touchant que j'ai jamais lu.
Le Petit Prince de Saint-Exupéry est sous son apparente simplicité un des livres les plus profonds qui soient.


J'aime notamment beaucoup ce petit paragraphe qui exprime si bien de quelle façon nous avons tendance à résumer les êtres humains :

Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d'un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l'essentiel. Elles ne vous disent jamais : "Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu'il préfère ? Est-ce qu'il collectionne les papillons ?" Elles vous demandent : "Quel âge a-t-il ? Combien a-t-il de frères ? Combien pèse-t-il ? Combien gagne son père ?" Alors seulement elles croient le connaître.



Mais le passage le plus bouleversant du livre est sans conteste celui du renard et je ne peux me retenir de le retranscrire ici :

- Qu'est-ce que signifie apprivoiser ?

- C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie créer des liens…

- Créer des liens ?

- Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…

- Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur… je crois qu'elle m'a apprivoisé…

- C'est possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses…

- Oh! ce n'est pas sur la Terre, dit le petit prince.

Le renard parut très intrigué  :

- Sur une autre planète ?

- Oui.

- Il y a des chasseurs, sur cette planète-là ?

- Non.

- Ça, c'est intéressant ! Et des poules ?

- Non.

- Rien n'est parfait, soupira le renard.

Mais le renard revint à son idée :

- Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m'ennuie donc un peu. Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé…

Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :

- S'il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il.

- Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.

- On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

- Que faut-il faire? dit le petit prince.

- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près…

Le lendemain revint le petit prince.

- Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l'après-midi, dès trois heures je commencerai d'être heureux. Plus l'heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m'agiterai et m'inquiéterai; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n'importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m'habiller le cœur… Il faut des rites.

- Qu'est-ce qu'un rite ? dit le petit prince.

- C'est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C'est ce qui fait qu'un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu'à la vigne. Si les chasseurs dansaient n'importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n'aurais point de vacances.

Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l'heure du départ fut proche :

- Ah! dit le renard… Je pleurerai.

- C'est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise…

- Bien sûr, dit le renard.

- Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.

- Bien sûr, dit le renard.

- Alors tu n'y gagnes rien !

- J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.


Ainsi je conseille à toutes les grandes personnes de le relire pour se rappeler de l'essentiel... et qu'on a malheureusement tendance à oublier bien des choses en grandissant.
- Publié dans : Ma bibliothèque
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Samedi 27 septembre 2008

Tag

Pour la première fois, j'ai été taggée. J'ai reçu le prix Brillante Blog 2008 (mon blog serait brillant ?) de la part de Bérengère :


  Le principe est simple :

 

1. Les gagnants de ce prix doivent mettre le logo sur leur blog

 

2. Afficher le lien de la personne qui le leur décerne

 

3. Désigner 7 autres blogs qui méritent également de recevoir ce prix

 

4.  Indiquer les liens de ces blogs sur votre propre blog

 

5. Laisser un message sur le blog des primés pour les avertir (euh, ça je ne sais pas si j'oserais... je suis très timide par moment)

 

 Donc à mon tour de sélectionner 7 autres blogs :

 

- Féminitude : un blog intelligent et sensible qui aborde de façon très juste la question de la naissance, de la place des enfants et de notre rapport à notre féminité dans nos sociétés.

 

- Faisons avancer les choses : je ne pouvais pas ne pas citer le blog de Pascale dans ce tag...

- Bio-blog : les chroniques de "deux consommatrices repenties", le blog de Cherryplum et Aspen traite de différentes problématiques tournant autour de la simplicité volontaire. Ces deux bloggeuses ont des sensibilités communes mais des vies et des regards différents sur la façon de vivre la décroissance. Cela fait la richesse de ce blog.

- Le blog de Mazelle Yaya : le blog d'une autre Yaël, maman et doula entre autres choses.

 

- Le blog de Petite Suzie : un blog qui permet notamment de découvrir le parcours bouleversant des filles du Distilbène.

 

- Le blog de Sarah : un très joli blog sur le maternage alternatif.

 

- A portée de bisous : un blog sur le portage bébé avec notamment une magnifique galerie sur le portage dans le monde.

Par Yaël - Publié dans : Divers
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Vendredi 12 septembre 2008
Il y a quelques temps de cela, je discutais avec une parente. Elle avait dans les 25 ans et vivait entre deux continents par tranche de six mois. Elle était très heureuse de sa vie mais s'inquiétait car tout le monde lui disait qu'il faudrait qu'elle songe à "se poser". Cette expression me laisse rêveuse. Que veut dire pour un être vivant "se poser" ? Est-ce s'asseoir sur une chaise et ne plus bouger ? Se visser à un bureau ou dans une maison ?

Plus sérieusement, je n'aime pas l'idée sous-entendue par ce terme. Il laisse croire qu'il y a un âge de la vie pour avancer, découvrir, changer et puis un âge où il n'y a plus qu'à s'installer dans la vie construite et ne plus en bouger. Si tel est le cas, la deuxième partie de la vie est bien ennuyeuse, ne pensez-vous pas ?
Surtout rien n'est plus faux. La vie ne s'arrête pas après l'âge de vingt-cinq ans. L'humain est en perpétuelle évolution. Chaque âge de la vie apporte ses expériences, ses remises en question et ses changements.

J'ai une vie en apparence "posée", je suis mariée, j'ai un enfant, un travail sûr et je n'ai pas déménagé depuis deux ans. Pourtant, je ne me sens pas "posée". Bien sûr, il y a des "invariants", des bases solides dans ma vie : ma famille mais je continue de changer et d'apprendre.
Je connais mon mari depuis plus de huit ans et pendant ses huit années, j'ai évolué. Je ne suis plus la même personne qu'il a rencontrée et lui aussi a changé. Notre fils nous a fait grandir. Des lectures, des rencontres ont modifié nos façons d'appréhender le monde. Nous continuons notre route ensemble mais ce chemin n'est pas tracé. Nous n'avons jamais fini d'apprendre. Nous nous construisons en permanence.
Un jour, un deuxième enfant va encore modifier notre famille et en grandissant, nos enfants nous apprendront encore à nous remettre en question.
J'espère que tant que nous serons vivants, nous ne serons jamais posés.
Par Yaël - Publié dans : Réflexions éparses
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Présentation

Petits bouts de moi pour uniformiser un peu la mosaïque de mon être : réflexions sur le monde, l'éducation, la maternité ainsi que mon goût pour l'écriture, mes ressentis sur la création en général et bien d'autres choses plus ou moins sérieuses... Pour arriver à regarder le ciel tout en gardant les pieds sur terre.

Des mots qui me parlent

L'imagination n'est pas un état ; c'est l'existence humaine toute entière.
William Blake


On ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes.
Proverbe juif


Eduquer, ce n'est pas remplir des vases mais c'est allumer des feux.
Montaigne

Ils ne savaient pas que c'était impossible alors ils l'ont fait
Mark Twain

Vous voyez les choses et vous vous demandez pourquoi. Moi, je rêve de choses qui n'existent pas et je me demande pourquoi pas.
Georges Bernard Shaw


La Sagesse c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit.
Oscar Wilde

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