Réflexions sur l'homoparentalité

Publié le par Yael

Depuis que l’on évoque la loi sur le mariage pour tous, certaines questions m’interpellent notamment sur l’homoparentalité. Si la loi est votée telle que présentée pour le moment, elle autorisera l’adoption par les couples homosexuels mais pas la procréation médicalement assistée aux couples de lesbiennes. Pourquoi cette distorsion ? Si l’on autorise l’adoption, on considère qu’un couple d’homosexuels peut être des parents aussi acceptables pour l’enfant qu’un couple hétérosexuel.


 Dans ce cas-là, pourquoi ne pas autoriser la PMA ? Dans ce refus, je ne peux voir que deux explications logiques. Soit le gouvernement est réellement hypocrite et considère que l’homoparentalité est néfaste pour l’enfant et table sur l’extrême difficulté que constitue l’adoption pour limiter le phénomène. En gros, le gouvernement se dit que cela ne concerne qu’un petit nombre d’enfants et que c’est donc un faible sacrifice pour satisfaire son électorat. Dans cette optique, il est cohérent que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de même sexe, car là, le nombre d’enfants concernés serait bien plus important. Je n’ai pas envie de penser que nos élus soient – dans ce domaine tout du moins – aussi cyniques et que la PMA soulève une question morale.


Dans le cas de l’adoption, il s’agit d’offrir un foyer à un enfant qui sans cela serait seul. L’adoption répond à un besoin de l’enfant, la PMA à un désir d’enfant. Dans ce domaine, j’entends souvent parler de « droit à l’enfant » opposé au « droit de l’enfant ». Que les personnes employant cette dichotomie soient souvent les premiers à critiquer l’idée de considérer l’enfant comme une personne n’est qu’un détail. Les couples qui aujourd’hui ont recours à la PMA n’ont jamais mis en avant leur droit à l’enfant, mais leur désir irrépressible, douloureux, voire déchirant, d’un enfant. Pourtant, la PMA n’est pas quelque chose de naturel. L’insémination et la fécondation in vitro ont posé de grosses interrogations au moment de leur développement. Des psys se sont interrogés sur l’avenir de ces enfants conçus hors de l’acte sexuel. Sans parler du spectre de l’inceste involontaire brandi face au don de sperme et d’ovocyte. Trente ans après la naissance d’Amandine, ces débats semblent aussi dépassés que le seront – j’espère – ceux sur l’homoparentalité dans vingt ans. Et aujourd’hui, il ne viendrait à personne d’insulter les couples hétérosexuels qui s’engagent dans des parcours de PMA en prétendant qu’ils arguent d’un « droit à l’enfant ». Pourquoi les choses seraient-elles différentes pour un couple de lesbiennes ? Parce qu’il leur suffirait de devenir hétérosexuelles pour accéder à la maternité ? Une paille en somme. Ou alors considère-t-on que ces femmes n’ont pas le même désir d’enfant que les hétérosexuelles. Après tout, les homos sont des gens si superficiels. Ils veulent un enfant comme s’il s’agissait d’un jouet… Mais nous ne sommes pas homophobes, diront les opposants à l’homoparentalité.


Mais si l’on accorde la PMA aux lesbiennes, il faudra accorder la gestation par autrui aux homosexuels, arguent les opposants. L’argument est fallacieux. Permettre aux couples homosexuels d’adopter et d’avoir recours à la PMA n’est pas leur accorder « un droit à l’enfant », c’est juste reconnaître l’égalité entre les couples de sexe différent et les couples de même sexe. Les couples hétérosexuels ayant le droit d’adopter, les couples homosexuels auraient également le droit d’adopter. Les couples hétérosexuels ayant le droit de recourir à la procréation médicalement assistée, les couples homosexuels y auraient également le droit. Les couples hétérosexuels n’ayant pas le droit de recourir à la gestation par autrui, les couples homosexuels n’y auraient pas le droit non plus. On n’est pas dans le registre de la parentalité de droit mais de l’égalité des droits entre hétérosexuels et homosexuels. Si la gestation par autrui était autorisée pour les couples hétérosexuels, dans une simple application du principe d’égalité, elle devrait être accordée aux homosexuels, mais les problèmes éthiques posés par la gestation par autrui n’ont rien à voir avec l’homoparentalité et il est malhonnête intellectuellement de mélanger les débats.


Ce que réclament les couples de même sexe est simplement d’avoir les mêmes droits que les autres, ni plus, ni moins.

Publié dans Réflexions éparses

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