Pourquoi ai-je voulu accoucher à la maison ?

Publié le par Yael

Aujourd’hui, l’accouchement à domicile en France est en danger. Je ne vais pas rentrer dans les détails, d’autres l’ont expliqué bien mieux que moi, mais en gros, les sages-femmes pratiquant l’accouchement à domicile ont l’obligation de payer une assurance dont le montant est aux environs de 20 000 € par an (sachant que leurs revenus annuels sont de 24 697 €), sinon elles s’exposent à des poursuites pénales et à la radiation de l’Ordre des Sages-femmes. Cette situation dure depuis plus de 10 ans, mais jusqu'à présent, tout le monde faisait comme si de rien n'était. Or, suite à une demande de la DGOS (ministère de la santé), l'Ordre des Sages-femmes a demandé aux sages-femmes pratiquant des accouchement à domicile de fournir leur preuve d'assurance avant le 1er octobre. Suite à cela, la plupart de ces sages-femmes ont arrêté de pratiquer des accouchements à domicile.


De mon côté, je suis soulagée de ne plus vouloir d’enfant car il aurait été hors de question que je retourne dans une maternité. J’ai pourtant connu un accouchement merveilleux en maternité. Mon aîné est venu au monde tout en douceur. J’ai pu choisir la position de mon choix, attraper mon bébé à la soirée… La sage-femme qui nous a accueilli a été on ne peut plus respectueuse. La naissance de mon grand n’a eu qu’un défaut : je n’étais pas chez moi.


Mais plus que l’accouchement, j’ai détesté le suivi de grossesse que j’avais eu pour mon aîné. J’ai détesté les touchers vaginaux systématiques, les pesées mensuelles… mais surtout j’ai détesté le sentiment d’être considérée comme une enfant quand j’en portais un. A quasiment aucun moment, je n’ai été considérée comme un individu responsable, capable de faire ses choix en connaissance de cause. J’étais une patiente, et en face, il y avait des gens qui savaient mieux que moi ce qu’il convenait de faire.


J’ai toujours détesté les relations inégalitaires. Je n’ai jamais voulu être le chef de quelqu’un, et j’ai détesté avoir des chefs. C’est pour cela que j’ai abandonné la fonction publique pour travailler en freelance. C’est aussi mon moteur pour rechercher la relation la plus respectueuse possible avec mes enfants.


Aborder la parentalité en étant en position d’infériorité m’est difficilement supportable. Le suivi global avec ma sage femme pour ma deuxième grossesse m’a évité cela. Quand Françoise me recevait dans son cabinet, elle n’était jamais derrière son bureau mais nous étions toutes deux sur un fauteuil. Cela peut sembler un détail, mais ce n’en est pas un. Cela a instauré une véritable familiarité entre nous. Je n’ai jamais eu besoin d’enlever ma culotte devant elle avant le jour de l’accouchement, et garder ses vêtements est un élément de dignité non négligeable. Cela aurait pu être obtenu avec un suivi global et un accouchement en plateau technique ou en maison de naissance s’il en existait… sauf que je n’aurais pas accouché chez moi.


Il y a beaucoup de raison pour lesquelles je préfère une naissance à la maison qu’à l’hôpital, mais le principal est simple : Chez moi, je suis forte. Je suis dans mon univers, dans le lieu où j’évolue tous les jours, où j’ai tous mes repères (en plus c’est même l’endroit où j’ai grandi). Quand ma sage-femme est venue accompagner mon accouchement, elle est venue avec son savoir, son expérience (et son matériel), mais elle est venue chez moi. Le fait qu’on soit dans mon univers a permis que notre relation soit égalitaire. Cela a instauré un autre type de confiance que la confiance contrainte qu’on doit accorder à quelqu’un quand on est en position d’infériorité et de dépendance. J’avais confiance en Françoise parce que je l’avais choisie. J’avais confiance en elle parce qu’elle avait confiance en mes capacités à mettre au monde mon enfant.


 

Elle m’a permise de mettre au monde mon fils en toute liberté… et heureusement qu’elle était là. Cela a été une naissance longue et fatigante. Mon fils avait une triple circulaire de cordon. Il est venu au monde lentement, mais sans problème. Son cœur est resté stable tout du long. Je suis intimement persuadée qu’à l’hôpital, vu le temps que le travail a duré, j’avais eu des injections d’ocytocine de synthèse et il y aurait eu une détresse fœtale et, au mieux, une césarienne… comme cela arrive pour de nombreuses naissances dont les femmes sortent persuadées qu’elles ou leur enfant n’auraient pas survécu en dehors de la maternité.

Françoise nous a évité cela. Elle a offert à mon fils une naissance toute en douceur et à moi un accouchement en liberté…

Et j’enrage de penser que pour une absurde histoire d’assurance, on vole aujourd’hui ce moment à d’autres femmes.2013-09-20-17.55.41.jpg

Publié dans Maternité

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