Couper le cordon
Après une longue absence, je voudrais m'attarder sur une expression connue qui est fréquemment usitée quand on aborde les relations mère/enfant : "Couper le cordon." Elle est en général utilisée pour souligner la nécessité de mettre fin à une relation trop fusionnelle entre une mère et son enfant...
Nos spécialistes en psychologie de l'enfant confiant en général ce rôle au père, c'est pour cela qu'en salle d'accouchement il se retrouve à couper le cordon ombilical après la naissance de l'enfant.
Pourtant quand on examine les choses d'un aspect purement biologique, on réalise que ce fameux cordon ombilical ne relie pas l'enfant à sa mère mais à son placenta. Pendant la grossesse, cet organe - qui est considéré comme sacré dans bon nombre de cultures - a pour fonction d'apporter au foetus les nutriments et le dioxygène nécessaires à son développement, d'évacuer certains déchets comme le dioxyde de carbone mais également de protéger le foetus des éléments toxiques et pathogènes venant de l'organisme de la mère (on peut noter que malheureusement il ne filtre pas tout).
Pour simplifier les choses, on peut dire que le placenta protège le bébé des éléments négatifs qui pourraient venir de sa mère... et en continuant dans cette lancée, on peut ajouter qu'en coupant le cordon, on ne sépare pas l'enfant de sa mère mais on sépare l'enfant de l'organe qui l'a protégé de sa mère pendant neuf mois...
Ainsi cette expression "couper le cordon" ne renvoie pas à une réalité biologique.
En outre, dans certaines régions de l'Inde, il existe une coutume qui consiste à ne pas couper le cordon après la naissance et donc à conserver le placenta jusqu'à ce que le cordon se détache naturellement de l'enfant. On appelle cela les "bébés lotus", le lotus étant un symbole du placenta.
J'avoue que je trouve cette idée assez peu ragoutante cependant il est intéressant de constater que dans ces cas-là, le cordon se détache plus tôt que s'il avait été clampé... Je me demande si cela n'est pas le signe qu'une séparation est plus facile quand elle se fait en douceur plutôt que par une coupure nette et brutale. Pour reprendre l'expression initiale, le cordon tombe plus vite quand on ne le coupe pas mais qu'on lui en laisse le temps de devenir totalement inutile.
Peut-être faut-il y voir une leçon sur notre façon d'envisager nos relations avec nos enfants et nous dire qu'ils se sépareront de nous plus facilement si on leur en laisse le temps plutôt que si on se force à des séparations brutales et prématurées...