Le Petit Prince

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Je me rends compte que je n'ai pas encore parlé de ce texte qui pour moi est le plus juste et le plus touchant que j'ai jamais lu.
Le Petit Prince de Saint-Exupéry est sous son apparente simplicité un des livres les plus profonds qui soient.


J'aime notamment beaucoup ce petit paragraphe qui exprime si bien de quelle façon nous avons tendance à résumer les êtres humains :

Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d'un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l'essentiel. Elles ne vous disent jamais : "Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu'il préfère ? Est-ce qu'il collectionne les papillons ?" Elles vous demandent : "Quel âge a-t-il ? Combien a-t-il de frères ? Combien pèse-t-il ? Combien gagne son père ?" Alors seulement elles croient le connaître.



Mais le passage le plus bouleversant du livre est sans conteste celui du renard et je ne peux me retenir de le retranscrire ici :

- Qu'est-ce que signifie apprivoiser ?

- C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie créer des liens…

- Créer des liens ?

- Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…

- Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur… je crois qu'elle m'a apprivoisé…

- C'est possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses…

- Oh! ce n'est pas sur la Terre, dit le petit prince.

Le renard parut très intrigué  :

- Sur une autre planète ?

- Oui.

- Il y a des chasseurs, sur cette planète-là ?

- Non.

- Ça, c'est intéressant ! Et des poules ?

- Non.

- Rien n'est parfait, soupira le renard.

Mais le renard revint à son idée :

- Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m'ennuie donc un peu. Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé…

Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :

- S'il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il.

- Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.

- On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

- Que faut-il faire? dit le petit prince.

- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près…

Le lendemain revint le petit prince.

- Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l'après-midi, dès trois heures je commencerai d'être heureux. Plus l'heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m'agiterai et m'inquiéterai; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n'importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m'habiller le cœur… Il faut des rites.

- Qu'est-ce qu'un rite ? dit le petit prince.

- C'est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C'est ce qui fait qu'un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu'à la vigne. Si les chasseurs dansaient n'importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n'aurais point de vacances.

Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l'heure du départ fut proche :

- Ah! dit le renard… Je pleurerai.

- C'est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise…

- Bien sûr, dit le renard.

- Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.

- Bien sûr, dit le renard.

- Alors tu n'y gagnes rien !

- J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.


Ainsi je conseille à toutes les grandes personnes de le relire pour se rappeler de l'essentiel... et qu'on a malheureusement tendance à oublier bien des choses en grandissant.

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mekati 20/11/2008 11:45

j'adore ce texte !! Nous l'avions choisi comme lecture au baptême de mon aîné...

maud 03/10/2008 19:04

C'est vrai que ce livre est magnifique, j'avais oublié à quel point...et puis c'est tellement vrai... ahhh, l'histoire des chiffres, et quand tu annonces la naissance de ton enfants : et combien il pèse, et combien il mesure ? et ton accouchement, ça a duré longtemps ??Je crois que sur mon faire-part cette fois ci, je ne mettrai aucune indications numéraire, juste son prénom et tout le bonheur de notre rencontre (enfin, j'imagine...)

Yaël 10/10/2008 17:33


Et plus tard : combien de temps dort-il ? prend-t-il bien du poids ?... Mais jamais : comment est son sourire ? qu'est-ce qui fait pétiller son regard ? que ressentez-vous quand il s'assoupit entre
vos bras ? Alors que c'est là qu'est l'essentiel, non ?

Bonne chance pour cette future naissance et prend bien soin de toi jusque là...