"Le dernier repas" de Jacques Brel

Publié le

Après avoir écrit l'article sur Un monde aseptisé, je n'ai pu m'empêcher de penser à cette superbe chanson de Brel qui illustre bien l'idée de "vivre sa mort".


A mon dernier repas

Je veux voir mes frères

Et mes chiens et mes chats

Et le bord de la mer

A mon dernier repas

Je veux voir mes voisins

Et puis quelques Chinois

En guise de cousins

Et je veux qu'on y boive

En plus du vin de messe

De ce vin si joli

Qu'on buvait en Arbois

Je veux qu'on y dévore

Après quelques soutanes

Une poule faisane

Venue du Périgord

Puis je veux qu'on m'emmène

En haut de ma colline

Voir les arbres dormir

En refermant leurs bras

Et puis, je veux encore

Lancer des pierres au ciel

En criant : "Dieu est mort !"

Une dernière fois

 

A mon dernier repas

Je veux voir mon âne

Mes poules et mes oies

Mes vaches et mes femmes

A mon dernier repas

Je veux voir ces drôlesses

Dont je fus maître et roi

Ou qui furent mes maîtresses

Quand j'aurai dans la panse

De quoi noyer la Terre

Je briserai mon verre

Pour faire le silence

Et chanterai à tue-tête

A la mort qui s'avance

Les paillardes romances

Qui font peur aux nonnettes

Puis je veux qu'on m'emmène

En haut de ma colline

Voir le soir qui chemine

Lentement vers la plaine

Et là, debout encore

J'insulterai les bourgeois

Sans crainte et sans remords

Une dernière fois

 

Après mon dernier repas

Je veux que l'on s'en aille

Qu'on finisse ripaille

Ailleurs que sous mon toit

Après mon dernier repas

Je veux que l'on m'installe

Assis seul comme un roi

Accueillant ses vestales

Dans ma pipe, je brûlerai

Mes souvenirs d'enfance

Mes rêves inachevés

Mes restes d'espérance

Et je ne garderai

Pour habiller mon âme

Que l'idée d'un rosier

Et qu'un prénom de femme

Puis je regarderai

Le haut de ma colline

Qui danse, qui se devine

Qui finit par sombrer

Et dans l'odeur des fleurs

Qui bientôt s'éteindra

Je sais que j'aurai peur

Une dernière fois.

Publié dans Coup de coeur

Commenter cet article

Minna 26/07/2008 22:12

Tu sais qu'avec tes réflexions métaphysiques, tu me fais tenir des propos philosophiques en plein coeur d'une entreprise!Je paralsi à l'un de mes collègues aujourd'hui, de la nécessité de ne pas dissimuler la mort aux enfants...En parlant d'enfant, j'ai comme un creux, là, dans le ventre. le mien me manque terriblement.Bon, allez, j'suis pas ici pour m'épancher!Juste pour t'engueuler, en fait: mais c'est quoi ces idées que tu me fourres dans la tête???

Yaël 27/07/2008 22:27


Engueule-moi, Minna... J'adore ! Je pollue les conversations d'une honorable entreprise par mes réflexions métaphysiques ! C'est trop bon... Ceci dit, c'est pas comme ça que tu vas avoir une
augmentation :-)

Sinon ton petiot est parti pour les vacances ? Je n'imagine même pas le vide que ce doit être... Etrange comment même des années plus tard, l'absence d'un enfant se ressent dans notre ventre.