Autorité et soumission

Publié le par Yaël

Il y a plus de dix ans, j'avais regardé le film I comme Icare avec mes parents. Inspiré de l'assassinat de Kennedy, ce film d'Henri Verneuil présente l'enquête effectuée dans un pays imaginaire pour élucider l'assassinat du président.

Un passage du film présente une expérience montrant que 63% des volontaires à une expérience sur la mémoire étaient capables pour une somme dérisoire, à infliger des chocs électriques dangereux et même mortels, à une personne qu'ils ne connaissaient pas, qui ne leur avait rien fait uniquement parce que des savants d'une prestigieuse université (dans le film, il s'agit de l'université de Layé, anagramme de Yale). L'autorité des organisateurs de l'expérience légitimait, aux yeux des volontaires, une telle barbarie. En réalité, l'expérience était truquée et aucune décharge électrique n'était réellement infligée mais les volontaires ne le savaient pas.
Or cet extrait présentait une expérience réelle conduite dans les années 60 à l'université de Yale par le professeur Stanley Milgram. En voulant évaluer le degré de soumission à l'autorité, il a ainsi découvert que 63% des individus étaient capables de donner la mort uniquement parce qu'une autorité respectée leur en donnait l'ordre. L'expérience étant assez complexe, je vous conseille si cela vous intéresse de voir la page Expérience de Milgram
sur Wikipédia qui la décrit précisément.
Toutefois, les images étant assez éloquentes, je vous laisse voir l'extrait trouvé sur YouTube. Cela dure 20 minutes mais il est très complet et on en ressort effrayé.


Aujourd'hui que je suis mère, cette expérience résonne encore plus profondément en moi. J'espère faire partie des 37% d'individus qui ont été capables de dire non à l'autorité au nom de l'humanité cependant je n'ai pas l'arrogance d'en être sûre (et très franchement, j'espère ne jamais avoir à me trouver dans un dilemme pareil).
Mais je voudrais que mes enfants fassent partie de ces 37%. Je voudrais cultiver assez leur humanité, leur empathie et leur liberté pour qu'ils soient capables de refuser un ordre inique quel que soit celui qui le leur ordonne. Pour moi, c'est cela être un homme libre. Ce n'est pas faire ce que l'on veut, c'est savoir dire non à l'inacceptable. Peut-être est-ce une des choses les plus importantes que je voudrais transmettre.
Et j'avoue que c'est terriblement difficile. Notre société repose justement sur cette soumission à l'autorité. On apprend aux enfants à obéir mais on ne leur apprend pas quand il faut désobéir.
Je voudrais trouver le juste équilibre entre poser des limites à mon enfant et ne pas faire un bon petit soldat.

Publié dans Education

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Minna 17/07/2008 00:30

Bon, désolée de squatter dès mon arivée, mais ze peux pas m'empêsser, comme dirait qui tu sais. Je connaissais cette expérience, l'ayant étudiée en sociologie, mais ces extraits m'ont quand même abasourdie. Et me suis retrouvée dans ton commentaire, en ce qui concerne la première de nos interrogations: "et moi, jusqu'où serais-je allée?". Ma deuxième interrogation découle de la 1ère: est-ce sur notre "humanité" que nous tentons de nous rassurer dans le fameux "moi, je ne l'aurais jamais fait!"?; ou ne serait-ce pas plutôt sur notre intelligence, dans le réflexe puérile du bon élève: "moi, on ne me l'aurais pas faite, celle là...", quand on nous confonte à notre propre lucidité...? Ce constat me chagrine encore plus que le précédent...La dernière de mes interrogations porte sur la mise en abîme du propos: et si le moniteur "ultime" était le personnage campé par Montand (donc, nous, spectateurs?)? Et si ce qu'affirme le professeur (test de l'autorité sur l'individu; machines ne fonctionnant pas, et comédien) était faux? N'assiste-t-on pas, ici, à la mise en abîme de cette expérience-même, puisque Montand comme nous mêmes ne nous rassurons qu'en nous référant à la parole de celui qui commande au fameux test? Donc, à UNE autorité...Montant a-t-il interviewé le commédien? S'est-il assuré qu'il n'y avait pas d'électricité entre les machines? Les 2 pioches "moniteurs" ne sont-elles pas présentées que pour nous tromper? Qu'est-ce qui nous prouve que l'"élève" SAIT? Qu'est-ce qui nous prouve que le professeur n'a pas "choisi" son élève parmi 2 recrues? C'est cela, je crois, qui me fait le plus froid dans le dos...car au delà de notre naïveté à "gober" (pour notre bonne conscience) tout ce que lon veut bien nous faire croire, c'est bien la suprématie de l'Autorité, son pouvoir de vie et de mort (choix de la victime par le billet) qui pourrait être dénoncé ici...Enfin, cette expérience me parle plus dans ce qui concerne ma vie professionnelle, dans laquelle je suis  la fois "tyran" et "petit fonctionnaire", petit maillon d'une vaste chaîne, et convaincue, à tort, de mon inocuité (enfin, pas toujours...heureusement, et c'est pourquoi, parfois, j'éprouve le besoin de l'enrayer, cette chaine...)Je te remercie énormément, Yael, de ce coup de poing dans la figure, qui m'a permis de réfléchir sur notre intégrité...

Yaël 17/07/2008 11:16



Ah mon petit scorpion, je ne t'en veux nullement de squatter dès ton arrivée même si tout est encore en travaux et que je n'ai pas encore rangé
mes chaussettes ^^


Ton commentaire est tout bonnement effrayant... et très juste. Le premier moniteur obéit à l'autorité car il croit en la respectabilité
d'institution qui lui donne un ordre inique. Il croit que les savants "savent ce qu'ils font" comme le dit le personnage dans la séquence vidéo. Et nous aussi croyons d'emblée le savant quand il
nous dit que l'expérience est truquée. Ainsi un respectable scientifique pourrait nous faire assister sans même nous en rendre compte à une mise à mort.


Quand on pense à toutes les institutions (hôpitaux, écoles...) auxquelles nous accordons notre confiance d'emblée, cela donne le vertige.
D'ailleurs quand nous osons émettre un doute, cela est vu comme une remise en question de l'institution elle-même.


Donc merci de me renvoyer le coup de poing, Minna.