Deux ans après...

Publié le par Yaël

Deux ans déjà… Depuis ton anniversaire, je ne cesse de repenser à ces heures durant lesquelles je t’ai mis au monde mon tout petit.

Je me souviens de cette soirée du 14 février 2006. La dernière St-Valentin que papa et moi ayons passé sans toi… Non, ce n’était pas vraiment sans toi. Tu étais là dans mon ventre, déjà tellement présent dans nos vies. Tu avais déjà changé tant de choses avant même de naître. Te porter, te sentir grandir en moi avait changé tant de choses en moi. Grâce à toi, j’étais devenue si fière d’être une femme. Je portais la vie, et pas n’importe laquelle : la tienne. Je savais que tu étais un bébé exceptionnel. Avant même de naître, tu m’as montré que je devais avoir confiance en toi… et en moi. 

Depuis huit mois et demi, nous préparions ton arrivée. Avant même ta naissance, j’ai appris à me battre pour toi. Avant que tu sois sur cette terre, papa et moi nous sommes battus pour t’offrir l’arrivée la plus douce qui soit. Je savais depuis des mois que mon principal allié pour cela, ce serait toi. Tu étais fort, je le savais déjà.
Mais je m’égare. Donc ce soir-là, sans vraiment nous en rendre compte, nous étions dans une étrange fébrilité. Ce soir-là, j’ai fini les dernières machines avec tes affaires et rangé cette valise que j’aurais dû faire depuis le 30 janvier. Enfin, j’ai enfin prévenu tes grands-parents que finalement nous n’allions pas te mettre au monde dans la maternité prévue. Ils n’auront guère eu le temps de s’en étonner car dès le lendemain matin, j’ai été réveillée à l’aube par des vagues douloureuses dans le bas des reins. Je m’étais demandé si j’allais les reconnaître et en fait, je n’ai aucun doute, ce sont bien des contractions.

A 9 heures, je dois aller à Montrouge pour la nomination du fils de mon amie Jennifer, mais je me dis que c’est plutôt compromis. Cela fait mal. Je pense que j’ai mon dernier cours de préparation à l’accouchement le lendemain avec B., un super sage-femme que j’adore (et qui viendra pour le suivi de couche à la maison). Je n’ai pas envie de le manquer mais ce n’est pas moi qui décide.

Finalement, je prends un long bain. Cela calme les contractions. Si elles ne s’arrêtent complètement, elles sont assez espacées pour que je puisse m’habiller et prendre le bus jusqu’à Montrouge. Le matin se déroule sans encombre. Je discute avec Jennifer, avec ses invités. Irrégulièrement, je sens pourtant ces vagues qui montent en moi et annoncent ton arrivée. D’autant que depuis le matin, tu bouges moins que d’habitude. Je ne m’inquiète pas. Je sais au fond de moi que tu vas bien. Tu dors et tu prends des forces pour ton atterrissage.

Jennifer me propose de venir déjeuner chez elle après la cérémonie. Là je sens que ce n’est pas le moment. Il faut que je me repose. Je sais que c’est pour bientôt même si je n’ose pas encore y croire.

De retour à la maison vers deux heures, je remarque que ma grand-mère m’a appelée. C’est étrange car ton arrière-grand-mère a toujours dit qu’elle avait un sixième sens. Je ne l’avais jamais prise au sérieux avant pourtant là je me dis qu’elle a dû avoir une intuition pour m’appeler précisément ce jour-là. Puis vers trois heures, je perds le bouchon muqueux. Heureusement que j’avais demandé à Charlotte, ma doula, de me le décrire car je le reconnais tout de suite. Ça y est, je suis sûre que c’est pour bientôt. Bizarrement, je suis incroyablement sereine. J’appelle ton papa pour le prévenir mais je lui dis de ne pas se presser. Je sais qu’on a encore du temps et je me sens bien dans le calme de la maison. Je promène rapidement Yuki notre petit chien, puis je m’installe dans la chambre. Je fais des exercices de relaxation, j’écoute mes cassettes de sophrologie, je visualise ta naissance telle que je la rêve. Je me sens très calme mais les contractions sont de plus en plus douloureuses. Je voulais dormir un peu, ce n’est pas possible. En fin d’après-midi, les contractions me clouent au sol à chaque fois qu’elles arrivent. Je prends un nouveau bain. En sortant, les contractions sont beaucoup plus supportables. Par contre, elles sont vraiment régulières, toutes les sept minutes à peu près… Ça approche. Mon corps travaille pour te faire sortir. Bientôt tu seras parmi nous.

Vers sept heures trente, ton papa rentre du travail. Nous dînons. Je mange même copieusement. Dans le même temps, je téléphone à Charlotte. Elle me confirme ce que je sais déjà, tu es en train d’arriver. Elle me demande si je préfère qu’elle me rejoigne à la maison ou à la maternité. Je n’ai pas envie de partir. Je suis bien dans le calme de notre maison et je sens qu’il y en a encore pour un moment. Nous appelons aussi mes parents rapidement pour les prévenir que c’est pour bientôt et qu’on viendra sûrement leur déposer Yuki dans la soirée.

Ton papa, un peu nerveux et fourbu par sa journée de travail, va prendre un bain à son tour. Je m’installe sur le canapé, je regarde la télé, c’est mercredi, il n’y a pas grand-chose à part un film sur Jack l’Eventreur… Je me dis que ce n’est pas l’idéal pour un accouchement mais Charlotte ne devrait plus tarder. J’ai hâte de la voir. Je n’ai rencontré Charlotte que deux fois mais dès le premier coup d’œil, j’ai su que je voulais qu’elle soit à mes côtés pour ta naissance. Elle dégage une telle douceur, je me sens complètement en confiance avec elle. Un peu avant 21h30, elle arrive à la maison. Sur la route, elle a téléphoné à une amie sage-femme dans la maternité où tu vas naître. Celle-ci n’est pas de garde mais elle connaît bien les sages-femmes de garde, elles sont très respectueuses et elle va les informer de notre arrivée dans la nuit. Ça me rassure un peu car bien que nous ayons choisi cette maternité parce qu’elle laissait beaucoup de liberté dans le choix d’accouchement, j’appréhendais de tomber sur une harpie le jour J (je n’avais vu que deux sages-femmes là-bas et autant la première était adorable, à l’écoute et respectueuse, autant la deuxième était des plus antipathiques et en plus elle m’avait fait un mal de chien au dernier rendez-vous).

Charlotte tamise un peu les lumières. Nous nous installons sur le canapé et elle me masse le bassin. Les contractions s’intensifient. A chaque contraction, je me lève et je m’accroupis. Cette position atténue la douleur. Je pense à toi qui vas arriver, je pense à mon corps qui s’ouvre pour te laisser sortir après t’avoir protégé pendant neuf mois. J’ai mal mais je suis bien. Entre les contractions, je me rallonge sur le côté et Charlotte reprend son massage. Elle me chuchote de bien utiliser ce temps rien que pour moi : « La contraction, c’est le temps du bébé mais le temps entre les contractions appartient à la maman. »

De son côté, papa qui est sorti de son bain prépare les dernières affaires. J’aime le savoir là mais je sais qu’il est inquiet et qu’il se sent impuissant. Il voit que je souffre et il ne sait pas quoi faire pour me soulager. C’est peut-être plus dur pour lui que pour moi. Pourtant il fait exactement ce que j’ai besoin qu’il fasse, il prépare ton arrivée, il s’occupe de tout ce que je ne peux plus faire : les valises, le départ pour la maternité… Je sais depuis des années qu’il sera un super papa.

Une heure passe et je ressens le besoin de bouger. C’est l’heure de sortir Yuki et j’ai envie de marcher. Pendant que papa installe le siège auto dans la voiture, je promène Yuki avec Charlotte. Il pleut averse mais ça ne me dérange pas. J’ai toujours aimé marcher sous la pluie et ce soir-là, sa fraîcheur me fait du bien… l’eau n’est-elle pas l’élément associé à la naissance ? Qu’elle vienne du ciel n’est pas un mauvais augure bien au contraire, il pleuvait aussi quand j’ai épousé ton papa.

Quand nous rentrons à la maison, les contractions sont devenues très violentes. J’ai le souffle coupé à chaque fois et aucune posture ne me soulage vraiment. En plus, elles sont très rapprochées, toutes les trois minutes. J’ai très mal et je sens que c’est le moment de partir.


Le temps de charger chien et valise dans la voiture, il est presque minuit. Nous serons bientôt le 16 février.

Dans la voiture, j’ai très mal. La position assise et la ceinture rendent les contractions encore plus insupportables. Ton papa se sent si impuissant devant ma douleur qu’il commence à paniquer. Il roule très vite, grille les feux rouges. Je lui dis doucement que ça va aller, qu’il ne doit pas s’inquiéter pour moi mais qu’il doit se concentrer sur la route. Nous avons besoin qu’il reste calme pour arriver à bon port. Il se tranquillise un peu.

Nous arrivons en bas de chez mes parents. Papa monte déposer Yuki tandis que j’attends dans la rue avec Charlotte. L’attente me semble interminable. Les contractions me submergent à une fréquence impitoyable. Je ne peux plus rien boire. J’ai de violentes nausées et comme si mon corps voulait déjà expulser ce qui ne lui appartenait plus, je vomis un peu. Je commence à avoir envie de pousser pourtant je sens que ce n’est pas encore le moment. Charlotte m’avouera plus tard avoir eu vraiment peur que j’accouche avant l’arrivée. Malgré la douleur, je suis curieusement plus sereine qu’elle. Je sens que tu n’arriveras pas avant que nous soyons à la maternité. Je sais que nous sommes partis au bon moment.

Papa revient et nous repartons. Il y a des trombes d’eau sur le boulevard périphérique. Pour la première fois, j’ai peur, j’ai peur d’un accident… Mais j’ai tort. Dans ma vie, la pluie n’est jamais mon ennemie et nous arrivons à bon port vers une heure du matin.

Je t’avoue que mes souvenirs sont flous à partir du moment où nous sommes entrés à la maternité. Je me rappelle avoir trouvé étrange de voir le hall déserté, il y avait toujours tellement de monde la journée. J’ai d’abord été aux toilettes puis nous sommes montés à l’étage. Nous nous sommes retrouvés devant une aide soignante qui a voulu faire une analyse d’urine avant de nous laisser entrer. Comme je venais des toilettes, ce n’était plus trop possible. Je suis quand même retournée sagement aux toilettes mais j’avais l’impression que si j’avais envie de pousser, c’était pour te sortir toi et non pas ce stupide liquide… A ce moment, j’ai commencé à craquer. Pourquoi ne pouvions-nous pas rentrer ? Pourquoi devions-nous attendre devant cette porte ? J’avais si mal. Si je m’étais trompée… Si au lieu d’être à la fin, on m’annonçait que mon col était à peine ouvert… Non, je ne pouvais pas tenir encore des heures avec ces contractions qui me submergeaient complètement… Charlotte voyait que je perdais pied. Elle m’a rappelé qu’à la fin du travail, il y a un moment de désespérance et c’était plutôt bon signe et que tu n’allais sûrement plus tarder. Si intellectuellement, je l’entendais, j’avais quand même du mal à ne pas paniquer.

Finalement, on se décide à nous laisser rentrer. On s’installe en salle de naissance. J’ai affreusement chaud. Je me déshabille. J’aurais cru être pudique mais à cet instant, je ne pense plus à ça. Je n’intellectualise plus rien, je ressens… et j’ai mal. Je ne peux plus bouger tellement j’ai mal. La sage-femme arrive à une jeune élève sage-femme. Elle veut m’examiner mais le seul fait détendre les jambes intensifie la douleur de manière insoutenable, alors m’allonger, c’est impossible… Comment des femmes réussissent-elles à accoucher dans cette position ? La sage-femme me propose alors de me mettre à quatre pattes. Cette position est beaucoup plus supportable. Quand j’en avais entendu parler pendant ma grossesse, je m’étais dit que ce n’était pas pour moi, que cette position me semblait manquer un peu de dignité mais là, c’est la seule qui convient. La sage-femme commence son examen et je sens comme une décharge électrique qui me traverse et de l’eau coule le long de mes jambes. La poche des eaux vient de se rompre et juste derrière, il y a toi qui vas arriver. Je ne m’étais pas trompée finalement. Ton « atterrissage », ton arrivée sur terre, est imminent. A ce moment-là, il me semble qu’il devait être 1h15 du matin.

La suite demeure fragmentée dans mon souvenir. J’ai eu très mal, mal au point de me dire que plus jamais je ne serais prête à mettre au monde un autre enfant. J’avais l’impression que tout le bas de mon corps était en feu. Charlotte m’avait dit que pour la douleur de la mise au monde, on employait l’expression « S’asseoir sur le soleil » et c’était exactement ce que je ressentais même si quasiment jusqu’au bout j’ai tout de même eu de petits moments d’accalmie. Ce fut une douleur plus intense que tout ce que j’aurais imaginé et pourtant en y repensant, je ne regrette pas cette douleur et même il me tarde de la ressentir à nouveau. Le plaisir quand il est trop intense nous fait entrer dans une autre dimension, il en est de même pour la douleur. Je crois que j’ai vécu les minutes de ta mise au monde dans une espèce de transe. La douleur m’a littéralement transcendé et j’ai atteint un autre niveau de conscience. Je suis revenue à un état presque primal et pourtant je crois n’avoir jamais été aussi proche du divin qu’en retrouvant cette animalité. C’était comme si je m’étais connectée avec toute la création, avec toutes les générations de femmes qui avaient enfanté avant moi mais aussi à toutes les femelles louves, lionnes, éléphantes, chattes ou chiennes… Je te mettais au monde, toi mon petit, mon enfant. C’était la force de vie qui me traversait en cet instant… et ce fut l’expérience mystique la plus fabuleuse de toute ma vie.

Je t’ai mis au monde à genoux comme pour une prière, appuyée à papa et à Charlotte. Je me souviens avoir crié très fort. Je me souviens que les sages-femmes me disaient de me calmer. Je le souviens qu’à un moment elles m’ont dit apercevoir un cheveu de ta petite tête qui arrivait. Je me souviens que sur une poussée, je me suis appuyée si fort sur l’épaule de ton papa que j’ai failli la lui déboîter. Je me souviens qu’à un moment où je perdais vraiment pied, Charlotte m’a murmuré : « C’est ton bébé. Il ne te fera pas de mal, ton bébé. » Cette simple phrase m’a apaisée à un point que tu ne peux imaginer et aussitôt malgré la douleur, j’ai senti la joie qui me submergeait. Oui, tu étais mon bébé. Et tu arrivais…

Juste avant que tu ne sortes, Charlotte m’a conseillé de toucher ta tête. Je n’oublierai jamais le contact de mes doigts avec ton petit crâne chevelu. Encore aujourd’hui, je ressens une étrange émotion quand je caresse tes cheveux à cet endroit-là comme si mes doigts se souvenaient de notre premier contact. Je me rappelle m’être dit que ta tête paraissait bien trop grosse pour passer par une sortie aussi exiguë mais que cela n’avait plus d’importance, vaille que vaille tu allais sortir vers la lumière. Et je t’ai vu. D’abord ta petite tête puis tout ton corps se tournant tout seul pour sortir tes épaules.

Les sages-femmes ne sont quasiment pas intervenues, restant en retrait pour nous laisser nous découvrir. Avec leur aide, je t’ai attrapé quand tu es sorti. Ton papa a découvert que tu étais un petit garçon quand juste après avoir poussé ton premier cri, tu as fait un petit pipi montrant que tu te portais le mieux du monde. Ton père était au bord des larmes, je ne l’avais jamais vu aussi heureux. Cette émotion était si bouleversante que je l’en ai aimé encore davantage. La première chose que je lui ai dit, ça a été : « Ne dis plus jamais que je suis douillette ! »

Papa a coupé le cordon qui te reliait encore à ce placenta qui t’avait nourri durant tant de mois tandis qu’une des sages-femmes apportait une couverture pour te sécher. A ce moment-là, personne n’est venu pour te laver, peser ou mesurer et encore moins te sonder. Tu es resté avec nous. J’avais tout fait pour qu’on ne te séparât pas de moi ne serait-ce qu’une minute pendant ces premières heures magiques et j’avais réussi.
 
La sage-femme de garde m’a posé une perfusion de syntocinon pour éviter une hémorragie. Un protocole assez inutile. Quand tu étais encore dans mon corps, je n’aurais accepté ce type de produits qu’en cas d’extrême nécessité mais maintenant que tu étais né, je m’en moquais. Pourtant j’ai pesté pendant deux heures sur cette perf qui gênait mes mouvements au moment où je te découvrais. Enfin, ce fut le seul désagrément de notre passage à la maternité.

La sage-femme de garde est assez rapidement partie dans une autre salle où une autre maman était en travail. Je regrette de ne pas l’avoir revue plus tard pour la remercier. Seule l’élève sage-femme, une jeune toulousaine, est restée avec nous et Charlotte. Elle nous a dit avoir été très émue car c’était la première fois qu’elle assistait à un accouchement à quatre pattes.

Ainsi donc, tu venais de naître. Toute douleur avait disparu - tout au plus ressentais-je de légers picotements dans le bas du ventre - et une allégresse encore plus intense l’avait remplacée. Je m’étais attendue à ce que tu sois sale et un peu bleuté. Il n’en était rien. Tu étais magnifique, tu étais parfait. Je te regardais complètement éblouie. J’arrivais à peine à y croire. Etait-ce bien le même bébé que j’avais senti bouger en moi tout ce temps ? Avais-je pu porter un être aussi parfait ? J’étais subjuguée et ébahie par tant de perfection. Tu étais un miracle.

Une des sages-femmes avait tamisé la lumière dès ta naissance et la pièce était baignée dans une douce lueur. Au début, j’osais à peine te toucher tant tu semblais irréel. Je te contemplais. Je me souviens de tes yeux noirs. Les sages-femmes avaient tamisé la lumière pour qu’elle ne t’agresse pas. Je t’effleurais doucement, tes toutes petites épaules recouvertes d’un fin duvet, tes cheveux bruns. Tes mains me fascinaient, elles étaient si petites et pourtant si semblables à celles immenses des adultes et la paume en était si douce, toute neuve. Tous ces petits détails qui peuvent sembler anodins étaient la source d’un éblouissement sans cesse renouvelé.

Que ressentais-tu allongé à côté de moi ? Tu paraissais serein. Tu devais me reconnaître. Tu me connaissais déjà… Très lentement, en prenant tout ton temps, tu t’es aventuré vers mon sein. Tu l’as humé, goûté avant de téter pour la première fois. La première d’une incalculable série de tétée. Je me souviens de la force de tes mâchoires, on y sentait toute la volonté de vivre d’un petit être fragile et déjà si fort. Charlotte chantait doucement à côté de nous.

Les deux premières heures se sont écoulées ainsi magiques et sereines. Même les deux petits points que l’étudiante sage-femme a suturés à ce moment n’ont pas gêné notre rencontre.

Puis au bout de deux heures, l’étudiante sage-femme a proposé que nous allions te peser. La balance n’était pas dans la salle d’accouchement mais dans le couloir et il était hors de question que je te laisse alors que tu n’avais que deux heures. Alors enroulée dans un drap, la perf à la main, je t’ai accompagné. Papa te tenait dans ses bras car je n’étais plus habituée à marcher sans mon gros ventre et j’avais du mal à retrouver mon centre de gravité. Tu pesais 3kg150. Tu n’as été mesuré que le lendemain. Tu mesurais 49cm.

La sage-femme nous a demandé si elle pouvait te donner une dose de vitamine K et un collyre pour les yeux. Elle nous a assuré que c’était sans douleur, ce qui devait être le cas car ça ne t’a pas dérangé. Puis l’étudiante t’a habillé.

Il était 4h du matin mais je me sentais pleine d’énergie. J’avais envie de rentrer à la maison. J’étais un peu gênée de demander ça alors que l’équipe avait été adorable mais j’avais tellement hâte que nous soyons chez nous tous les trois. On ne m’ôtera pas de l’idée qu’un bébé en bonne santé est plus à sa place à la maison avec ses parents que dans un hôpital. C’est la fatigue de ton papa qui nous a décidés à rester. Il n’y avait plus de chambre de libre donc nous sommes restés en salle de naissance. Des soignantes ont arrangé le fauteuil pour que papa puisse y dormir. Toi tu t’étais endormi quand on t’avait habillé. Je n’ai pas osé te prendre dans le lit avec moi, ce lit était tellement haut. Seulement une fois que tout le monde fût parti et que ton papa dormait comme un loir, j’ai réalisé que dans ton berceau au pied du lit, tu étais bien trop loin de moi. En faisant le moins de bruit possible pour ne pas réveiller papa, je l’ai déplacé pour que tu sois juste à côté de moi et j’ai passé le reste de la nuit à te regarder. Tu étais si beau et si calme. Je n’aurais jamais imaginé que tu puisses être si beau dès ta naissance.

Vers 6h, papa s’est réveillé et déjà protecteur avec toi, il a sursauté en ne voyant que ton berceau n’était plus à sa place. Il était si touchant. Dès le premier coup d’œil, il était devenu un papa. Un peu plus tard, il a appelé papi et mamie pour les prévenir de ta naissance puis il a appelé B., notre sage-femme pour annuler le dernier cours de préparation à l’accouchement qui était prévu pour 9h et lui demander de nous suivre en suivi de couche à domicile, ce qu’il a accepté bien entendu.

Le court séjour à la maternité m’a été pénible. Tout le monde a été adorable avec nous mais je ne me sentais pas à l’aise, j’avais l’impression qu’on m’observait et qu’on me jugeait. J’avais envie d’être chez moi, dans mon lit, sur mon canapé, avec ma salle de bain, mes livres, ma famille et mon chien. La maternité voulait que nous allions te déclarer à la mairie avant de sortir (comme si nous allions te revendre au marché noir, toi la première merveille du monde !) et qu’un pédiatre t’examine avant que nous rentrions. Nous aurions pu sortir en signant une décharge mais je n’avais pas envie de me disputer avec eux. Aussi, j’ai attendu que papa aille à la Mairie du XIème et que la pédiatre daigne nous recevoir. Elle n’était pas très sympathique mais elle n’a pas été désagréable. Puis à 17h, nous avons enfin pu rentrer chez nous.

B. est venu le lendemain pour les suites de couche. Il n’a pas jugé impératif de venir nous examiner dès le premier jour ce qui m’a conforté dans ma conviction que mon bébé en si parfaite santé n’avait pas besoin d’être sous surveillance médicale 24h/24.

Ainsi notre vie de famille a commencé. Il y a eu des moments difficiles et éprouvants et il y en aura encore. On n’est jamais préparé à toutes les émotions que peuvent susciter un enfant mais ce moment-là m’a apporté une force et une confiance qui m’ont aidée et m’aideront encore. Si on m’a soutenue et accompagnée, personne ne m’a accouchée, je t’ai mis au monde. Je me suis sentie libre et forte. Sans entrave… J’ai découvert que je possédais une puissance que je n’avais même pas soupçonnée et j’ai eu l’assurance que tu avais une force plus grande encore et que j’avais raison de croire en toi.

Ce 16 février 2006, je t’ai mis au monde mais cette naissance que nous l’avons partagée. Je t’ai aidé à naître et tu m’as fait renaître. Cette nuit-là, grâce à toi, je suis devenue une mère.

Publié dans Maternité

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sarah 17/09/2008 21:37

que c beau! c vrai que l'on découvre qui on est à la naissance de nos petits bouts....

Yaël 10/10/2008 17:30


et on continue de se découvrir au fur et à mesure qu'ils grandissent... on grandit avec eux, non ?


Lona 30/08/2008 12:17

Il est trop mignon ton p'tit bou Yael!ça me rappelle les miens à cet age là,Dieu que le temps passe viiiite!